Grande voie gorges du Verdon – Armoiraprods

Les photos remontent à quelques années, mai 2009 pour être exact. C’est quelques jours avant de retourner sur les grandes voies du Verdon que je repense à cette journée (et cette nuit!) épique que l’on a vécu.

Je ne sais plus de qui l’idée est parti d’aller grimper presque à la journée dans le Verdon, mais quoi qu’il en soit c’est bien ce qui s’est passé. Après quelques heures de route matinale on débarque avec michel et Marc tout frais autour des 11h-12h sur les rappels de Sordidon. La voie: Armoiraprods, côtée TD+, un niveau que Marc et moi maitrisions….

Premiers rappels à Sordidon

Premiers rappels à Sordidon

La voie commence au pied d’une immense baume orangée à moitié coupée par l’ombre. De là on traverse en une longueur facile vers la droite pour rejoindre la première vraie longueur. J’y vais en tête, grimpant autant que possible jusqu’a un pas délicat. Je ne me souviens plus bien si j’ai sorti le crochet goutte d’eau comme recommandé mais quoi qu’il en soit je luttais pour me débarrasser d’un arbre à moitié mort gênant la corde et menaçant de tomber à chaque fois que je tentais de m’en aider. J’ai atteint le relais un peu étonné de ne pas me l’être collée plus bas.

Au début de la première vraie longueur en 6a/A1-2

Au début de la première vraie longueur en 6a/A1-2

Verdon Armoiraproids 09mai09 027

Marc au début de la première vraie longueur en 6a/A1-2

C’est au tour de Marc de prendre la tête (Michel restait en moulinette). Les deux longueurs du dessus se passèrent sans soucis. Arrivés à une terrasse herbeuse ou quelques chênes nous apportaient un peu d’appui et d’ombre j’enchainai sur une belle longueur en 6a sur pitons et coinceurs, dans un mur compact gris-orangé. Arrivé sous un large surplomb j’installais le relais pour faire monter Marc et Michel.

Dans la longueur en 6a avant la baume

Dans la longueur en 6a avant la baume

Dans la longueur en 6a avant la baume

Dans la longueur en 6a avant la baume

Je ne sais plus pourquoi mais je continuais en tête pour la longueur suivante. Il devait déjà être 16h. Quelques grosses plaquettes me permettaient de faire de l’actif dans les premiers mètres déversant. Pendu donc à ces spits un peu artisanaux j’avançais vers le crux, quelques mètres au dessus: il s’agissait de deux mètres sans aucun points dans un mur déversant et compact, juste rayé d’une fissure évasée ou il serait dur de coincer quelque chose. Je tentais une bonne dizaine de minutes de placer un friends black diamond n°1  dans cette fissure. Le but: atteindre un anneau de corde pendant pas très loin au dessus de ma tête mais inaccessible depuis l’endroit où j’étais vaché. Après avoir vérifié en apparence la solidité du point sur lequel j’étais je tentais alors quelque chose que, après coup, je trouve stupide et dérisoire: un jeté à deux mains sur cette fameuse corde, sollicitant donc trois fois plus le point sur lequel j’étais. Après quelques vols avec les pieds qui pendouillaient au dessus du Verdon qui s’écoulait 200 mètres plus bas je me calmais. Heureusement Marc, plus perspicace, me suggéra de lancer un bout de corde pour attraper cet anneau: en deux essais j’avais passé ce fameux pas et continuais en actif/escalade cette longueur très aérienne.

Au départ de la longueur "crux"

Au départ de la longueur « crux »

Dans le crux, pendu à l'anneau de corde.

Dans le crux, pendu à l’anneau de corde.

Je ne me souviens pas très bien des deux longueurs suivantes, en 6c puis A1/6b. Marc les avait faites en tête sans trop de soucis et je tentais de me détendre pour la suite. Seul hic: le soleil avait décliné sérieusement et il nous restait plusieurs longueurs à faire encore! Arrivés en haut du 6b il faisait nuit déjà, et la fatigue nous prenait sérieusement. On décida d’une pause. Pendant qu’on mangeait quelques fruits secs les lueurs de nos frontales balayaient les longueurs supérieures: trois A1/5c sautant de baumes en baumes pour déboucher sur une ultime longueur de 5b. « Ca devrait aller, on a fait le plus dur, normalement… ».

De  nuit, Marc à l'attaque d'une longueur de 5c/A1 terribles pour la côte!

De nuit, Marc à l’attaque d’une longueur de 5c/A1 terribles pour la côte!

Marc m’assurait pendant que j’attaquais la première des trois longueurs en A1/5c. Dans le calme de la nuit, le ronflement sonore de Michel avait quelque chose d’insolite et d’hilarant. Pourtant j’étais loin de rire: jamais vu un 5c aussi dur! Effet de la fatigue, de la nuit, de la surprise? Quoiqu’il en soit j’atteignais la partie d’escalade après m’être levé sur quelques pitons d’aspect solide. Après quelques mètres je trouvais une fissure un peu évasée ou je plaçais un coinceur. Je renouvelais ça deux ou trois mètres au dessus avant d’attaquer la fin de la longueur, l’arrivée dans la baume. Le mur vertical se penchait de plus en plus en dalle. Déjà pas rassuré, je sentis lors d’un mouvement de pied la corde bouger un peu: mon coinceur s’était tiré de la fissure et il ne restait que celui en dessous, 5 mètres plus bas, don je ne savais pas s’il tiendrais. Tentant de rétablir du mieux possible sur des aplats je trouvais bizarre la texture du rocher: comme si des pigeons étaient venus faire leurs besoins dans cette baume perdu. Alors que je venait de rétablir, à peu près sur de ne pas tomber, je sentis un bruissement dans l’obscurité qui me dominait. Soudain un grand souffle et un battement d’aile bruyant: le Vautour venait de me passer au dessus, peut être à moins d’un mètre de ma tête, manquant de me déstabiliser… C’est un moment qui m’a marqué  je crois à vie: l’ambiance, la nuit calme, la solitude loin du relais précédent et brusquement cet oiseau immense révélant sa présence au dessus de moi… Magique.

Peu rassuré, je laissais Marc passer en tête pour la longueur suivante. Michel, réveillé pour grimper, se remettait à somnoler. J’assurais donc Marc, le suivant du bout du faisceau de ma frontale. Dans le calme on entendait parfaitement sa respiration forte et, de fait, les oscillations de la difficulté. Je sentais que c’était dur, plusieurs fois j’étais prêt à le voir voler dans la nuit, me demandant ce qu’il se passerai si un piton lâchait… Tout d’un coup sa respiration devint moins bruyante, plus posée, mais je ne le voyais plus du tout, donnant du mou à un grimpeur invisible. Il arriva enfin au relais et, un peu soulagé, je le rejoins, suivi ou précédé par Michel. Heureusement la longueur suivante avait l’air moins dure et en effet, le fut. J’y allais, passant par une autre mini baume où un nid de vautour avait été déserté, surement à l’entente de notre approche. Marc partit pour la dernière longueur en tête, un 5b de sortie très « sauvage ». Nous sommes arrivés au sommet exténués et très soulagés de nous être tirés de cette voie « seulement TD+ » sans plus de frayeurs. « Quelle heure est-il? ». On n’avait pas regardé depuis que la nuit était tombé. Je regardais mon portable: « 3 heures du mat’! ».

Attentif au relais...

Attentif au relais…

La fin de cette nuit fut presque aussi épique que son commencement: Michel, bien déterminer à rentrer à Marseille, enquilla la route dans la foulée, jusqu’à Marseille, nous déposant à nos adresses respectives autour des 7h du matin. Je ne sais pas de leur côté, mais une fois arrivé chez moi je n’ai vu qu’une seule chose: le lit.

En résumé il s’agit d’une des journées les plus marquantes que j’ai vécu en grande voie: un peu trop sûrs de la difficulté de la voie nous nous étions engagés sans réfléchir de l’horaire, avec trop peu de matériel. Heureusement tout s’est bien terminé et même les moments de peurs se sont mués en bon souvenirs avec le temps… Quoi qu’il en soit, allez faire cette voie mythique au nom mystérieux…!