« Au delà de la verticale » – Calanques – Val vierge

« Au delà de la verticale »… Un nom qui en dit long sur l’ambiance que l’on va rencontrer dans la voie! Lorsque l’on parle des falaises mythiques dans le massif des Calanques de Marseille il est dur de passer à coté de la Concave, une face déversante de 120 mètres de haut et 35 mètres d’avancée surplombant la Méditerranée. Coincée entre la Grande Candelle et le cirque du Devenson, l’accès à la Concave demande une heure et demie de marche. L’escalade vaut bien ce détour: « Au delà de la verticale » ce sont 6 longueurs équipées, « plein gaz » dans un niveau allant crescendo du 6c+ au 7b+, dans un style d’escalade varié et du rocher assez sain. Bien sur chaque Grande voie allant avec son lot d’aventures insolite celle là eut une fin plutôt originale, à mes dépens! La motivation J’avais repéré cette voie sportive depuis le jour ou j’avais acheté le topo des Calanques. N’ayant à l’époque pas le niveau pour espérer enchainer la moitié de la voie, j’avais remis cette idée à plus tard tout en gardant le niveau de la voie en tête comme barème de ma propre progression en escalade. Après quelques années et un niveau plus correct une opportunité arriva: un ami, Sebastien, avait son dimanche de libre pour aller grimper. Je lui proposait la voie et peu après je le retrouvais dans sa chambre étudiante à luminy, prêts à aller en découdre avec ces longueurs physiques et déversantes.

La Concave au Val Vierge, dans laquelle passe Au delà de la verticale

La Concave au Val Vierge, dans laquelle passe « Au delà de la verticale », suivant la gauche du dévers marron

La voie Après une heure et demie de marche matinale entre mer, falaises et ciel bleu nous arrivons bien suants au pied de la Concave. Personne sur la falaise, du beau temps, et cette grande falaise au dessus de nos têtes. On se décide à ne pas grimper avec le sac mais de le tirer avec un brin de corde, pour se faciliter l’escalade.

Seb dans la marche d'approche, non loin de l'arrivée...

Seb dans la marche d’approche, non loin de l’arrivée…

L1: 6c+ dans un mur vertical, technique et homogène La longueur trace droit dans le grand mur blanc pour atterrir sur un relais dans une petite conque sculptée dans la paroi, poussiéreuse mais confortable. L’escalade est technique, délicate et peut surprendre à froid: petites prises et passages d’équilibre sont au rendez vous. Cependant les 25 mètres restent homogènes et assez beaux malgré un calcaire dur à déchiffrer. Nous passons sans trop de peine, Seb en tête, moi derrière prêt à enchainer avec la longueur suivante. L2: 7a dans le même calcaire blanc que la précédente, bloc Depuis le relais dans la conque la voie part directement à gauche. Après 3 mètres faciles arrive un pas de bloc sur prises obliques en traversée vers la gauche, sans prises de pieds: c’est vraiment teigneux! Après un petit essai je passe. La suite de la longueur est très facile, se terminant dans la partie délitée de la concave, à la frontière entre deux types de calcaires: le calcaire dolomitique blanc que l’on vient de quitter et l’urgonnien qui s’étend loin au dessus de nos têtes. Le relais est à nouveau confortable et poussiéreux. Je fais monter Seb et il passe le pas de bloc en grinçant des dents, et des doigts… Je mettrais bien un petit + à cette longueur, si seulement la difficulté n »était pas aussi courte! Arrivé au relais Sebastien prends 5 minutes pour boire un peu, les yeux rivés sur la longueur suivante, qui entame le dévers assez franchement. L3: 7a première longueur déversante Il faut zigzaguer dans ce rocher marron, d’apparence un peu sale mais solide, caractéristique de la concave. La voie est homogène et Sebastien arrive au relais après avoir lutté pour trouver le passage le plus adéquat: la fin de la longueur passe dans deux larges rampes d’un bon mètre d’épaisseur au pied desquelles des fissures horizontales dessinent de bonnes prises pour les mains. Leur disposition en tiroir déversant rend le passage assez physique et vite épuisant si l’on ne sait pas où passer. Heureusement Sebastien étant passé en premier je me débrouille pour qu’il m’indique la direction et, avec les bonnes méthodes, je passe sans soucis. Le relais, légèrement excentré sur la droite, se trouve sous un petit toit, une petite terrasse permettant de s’y tenir debout. Déjà le vide commence à se faire sentir. Tout en remontant le sac avec la corde, nous observons la longueur qui se profile au dessus de nos têtes…

Sebastien au relais de L3

Sebastien au relais de L3

L4: 7b+ une longueur physique qui attaque les avant bras Je quitte le relais pour attaquer la longueur clef: un 7b+ de 30 mètres dans ce dévers prononcé. J’ai un peu d’appréhension: si je tombe trop bas il faudra que je remonte à la corde, pendu dans le vide comme un ***, sans que Seb ne puisse m’aider. Les premiers mètres sont faciles, bien que physiques. Après avoir passé le premier surplomb je ne vois plus Seb, caché par l’angle. Ces moments sont vraiment uniques en grande voie: le vide magnétique tout autour, une corde attachée à sois et rien d’autre que le bruit du vent et la perspective d’aller en haut de la voie, loin devant… J’avançais un peu tendu, dans l’espoir d’enchainer. Après quelques mètres je tombais. Heureusement Seb, réactif, n’avais pas laissé trop de mou sur la corde. Je repars et grimpe jusqu’en haut avec un deuxième arrêt aux trois quart. La difficulté de cette longueur est de ne pas être trop fatigué pour réussir à enchainer quelques pas sur prises moyennes dans un mur légèrement déversant. Il faut ensuite traverser sur la gauche pour rejoindre le relais, avec un ou deux petits pas sur des prises assez plates. J’arrive enfin au relais, un peu vexé de ne pas avoir enchainé; l’ambiance plein gaz me rappelle assez vite la chance d’être là…

L'ambiance au relais de la L4 de "Au delà de la verticale"

L’ambiance au relais de la L4 de « Au delà de la verticale »

Je tire alors le sac avant de faire monter Seb: le petit sac petzl se balança loin dans le vide, prenant une large oscillation due au dévers. Désormais il faut faire attention à bien assurer Seb: si il tombe dans les premiers mètres, avec l’élasticité de la corde il se retrouvera dans le vide et je serais bon pour le tirer jusqu’à ce qu’il atteigne la paroi… Il ne tombe que plus haut, « heureusement »! L’arrivée au relais est encore difficile: les traversées pour les seconds sont parfois pires que pour le grimpeur de tête… Malgré tout il se débrouille assez vite pour rejoindre sur cet espace exigu, suspendu par le baudrier, les fesses dans le vide.

Sebastien dans la longueur clef en 7b+

Sebastien dans la longueur clef en 7b+ de « Au delà de la verticale »

Seb au repos dans la L4 de "Au delà de la verticale"

Seb au repos dans la L4 de « Au delà de la verticale »

D’un coup je regarde le sac: où sont passées mes chaussures? Je demande à Seb, regarde partout où elles pouvaient être (ce qui, pendu à un relais à 100m du sol, est assez vite vu…). Nous sommes vite arrivés à la conclusion pénible qu’elles étaient tombées lors d’un des balancé de sac… Ce n’était pas tant pour mon confort au relais, mais plus pour la « petite » marche de retour que je m’inquiétais! Pour l’instant, il fallait déjà sortir de la voie… L5 et L6: 

Seb dans la L5 en 7a

Seb dans la L5 en 7a

Pour ces deux longueurs finales j’aurais volontiers inversé les cotations… Le 6c+ étant à mon sens plus dur que le 7a ou du moins plus aléatoire. Le 7a déverse encore un peu, traversant en oblique sur la gauche pour déboucher sur un relais peu confortable dans le calcaire gris du haut. Je vais dans cette longueur en tête car Seb n’a plus de bras après les 30m du 7b+!

Seb dans le haut de la L5 en 7a

Seb dans le haut de la L5 en 7a

Juste avant de sortir de la voie...

Juste avant de sortir de la voie…

Pour la longueur finale, Sebastien prends la tête. Après son arrivée au sommet il m’assure pour que je grimpe les derniers mètres.  Enfin je débouchais en haut de cette voie avec en cadeau un panorama exceptionnel et de quoi manger dans le fond du sac. Il ne restait qu’a faire le retour……….. sans chaussures. Le retour

La vue au sommet de "Au delà de la verticale"

La vue au sommet de « Au delà de la verticale », avant d’attaquer le retour

Après avoir grignoté un bout sous le soleil déclinant on se dit qu’il serait bien de rentrer avant qu’il fasse totalement nuit… Commence une longue marche pieds nus par moments, puis avec les chaussons en babouches, dans ces sentiers pierreux caractéristiques, n’épargnant pas le bout des orteils à chaque pierre dissimulée par l’obscurité grandissante. Au bout de trente minutes nous voyons un chemin descendant à pic sur la gauche. Nous commençons à le descendre pendant 5-dix minutes avant de réaliser qu’il s’agit d’un cul de sac menant à pic sur une falaise. Il faut tout remonter. Nos lampes dans le noir sillonnent le chemin aléatoirement à la recherche d’une orientation. Enfin on trouve notre erreur: le chemin à prendre était un peu plus loin. Je commence à rager, me débattant avec ces chaussons trop petits qui échappent à mes pieds à chaque pas et rendent ma marche complètement titubante. On continue dans la nuit, atteignant lentement le col de l’Oasis puis la barrière, le virage, le col de Sugiton et enfin la dernière portion de route vers la cité U où nous arrivons, moi exténué par la marche de retour. Je pouvais jeter mes chaussons dans la poubelle la plus proche et repartir chez moi… Pour la petite histoire, en retournant à la Concave une semaine plus tard, je trouvais au pied de « Au delà de la verticales » une belle paire de chaussures ressemblant étrangement aux miennes…. Morale de l’histoire: tirer son sac à la corde, c’est bien, vérifier que les chaussures y sont attachées, c’est mieux!